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RSNA 2025 : "On n'a pas à rougir" – Le retour d'expérience de la délégation Catel à Chicago

Entre show technologique démesuré et questionnements éthiques, le congrès mondial de la radiologie (RSNA) a offert cette année une vision contrastée de l'avenir de l'imagerie. De l'émergence des IA "agentiques" à la quête de modèles économiques, voici le décryptage des experts, radiologues et directeurs d'hôpitaux de la délégation Catel.


Dès l'arrivée à Chicago, le ton est donné. Pour les participants, le RSNA reste une expérience hors norme par son échelle. Plusieurs membres de la délégation témoignent : « C'est un salon vraiment immense », « c'était le show commercial à l'américaine », «je suis toujours impressionné par le gigantisme qu'on peut trouver dans ce salon ». Mais au-delà de la vitrine, l'objectif de la délégation organisée par Catel était de « décoder toutes les prises de parole, toutes les sessions, tous les stands », précise Emmanuel Canes, Healthcare Field Director chez Dell Technologies, pour séparer l'effet de mode de l'innovation durable.


L'avènement de l'IA "agentique" et l'optimisation des flux


Si l'intelligence artificielle était la star des éditions précédentes, sa nature a radicalement changé. On s'éloigne de la simple détection d'anomalies pour aller vers l'optimisation massive des flux de travail (workflow).


Léo Razakamanantsoa, Maître de Conférences des Universités et Praticien Hospitalier (MCU-PH)  analyse cette évolution majeure vers les "IA agentiques" :

« On a aussi l'arrivée des IA agentiques [...] qui vont intégrer tout un ensemble de chaînes d'intelligence artificielle : l'analyse d'image, puis la génération du compte-rendu, puis la comparaison aux guidelines, puis la rédaction finalement d'un rapport en intégrant des données cliniques ».


Cette réalité a été observée sur le terrain lors de la visite du Northwestern Hospital. Léo décrit sa découverte d'un système de pré-génération de rapports impressionnant : « Un élément marquant qu'on a découvert c'est l'intégration d'un système d'intelligence artificielle pour la prégénération de compte-rendus avec des macros, des prompts qui permettent au radiologue d'avoir automatiquement avant la dictée de l'examen l'intégralité du contenu [...] C'est pas uniquement du secrétariat, c'est de l'analyse d'imagerie pour essayer de préparer un compte-rendu pour faire gagner du temps et en productivité ».


Innovations médicales et matérielles : Ce qu'il faut retenir


Les visites sur les stands des leaders comme Philips, Barco ou Sectra ont mis en lumière plusieurs avancées technologiques. Les IRM sans hélium s'imposent comme une tendance forte, permettant de « pallier la consommation d'électricité [...] mais également de diminuer les coûts d'exploitation », précise Rodrigue Alexander - Directeur des systèmes d'information, des opérations et du biomédical au CHU de Martinique. 


Sur le plan clinique, l'imagerie se fait plus précise. On explore désormais « l'infiniment petit avec des modalités qui peuvent aller jusqu'à la petite matière [...] sans avoir injecté forcément des traceurs radioactifs ».


Pour la sénologie, l'attente est enfin terminée. Léo Razakamanantsoa souligne l'importance de la sortie du nouveau BI-RADS : « C'est cette thématique sur la sortie du BI-RADS, donc la nouvelle version qu'on attendait depuis quasiment plus d'une décennie avec des éléments très concrets qui arrivent enfin à l'aboutissement »


Éthique : Les "Cauchemars de l'IA"


L'innovation technologique s'accompagne cette année d'une réflexion éthique nécessaire. Une conférence sur les "Nightmares of AI" (les cauchemars de l'IA) a particulièrement marqué les esprits en présentant « une vision assez noire » des dérives potentielles.


Pour Stéphan Haaz, Directeur général de Catel, cette approche critique est salutaire : « D'avoir un regard qui ne soit pas uniquement technophile et porté sur ces promesses [...] mais de considérer aussi les travers ou les risques, nous a permis aussi d'avoir un regard un peu plus nuancé sur quels sont les impacts organisationnels [...] et d'essayer de ne pas prendre les mauvais chemins ».


France vs USA : "Nous sommes dans la bonne direction"


L'un des enseignements majeurs de ce voyage est rassurant pour l'écosystème français. Rodrigue témoigne après la visite des installations américaines :

« J'ai découvert des modalités biomédicales installées qui étaient les mêmes que dans mon établissement, j'ai découvert un fonctionnement de radiologue qui était quasi similaire au mien en termes de ressources et de disponibilité technologique ».


Ce constat est partagé par Jean-Marc Chevilley, chef de projets à la DNS, soulignant la qualité du modèle français : « On n'a pas à rougir non plus de ce qu'on fait, peut-être de façon aussi plus régulée, plus contrôlée, plus sécurisée certainement. On est dans la bonne direction, c'est certain ».


La différence culturelle majeure réside dans la vitesse d'exécution et le "fail fast" américain : « Si ça fonctionne ils le gardent [...], si ça ne fonctionne pas ils passent au suivant » raconte Nasser Amani, Directeur des Services Numériques et de l’Ingénierie Biomédicale au sein des Hôpitaux Nord-Ouest.


Les défis de demain : ROI et Éco-responsabilité


L'enthousiasme technologique ne doit pas masquer les défis structurels. La question du modèle économique est sur toutes les lèvres. Comme le souligne Nasser, face à la multiplication des solutions : « Comment on calcule le ROI de l'intégration d'une solution d'intelligence artificielle dans nos établissements ? C'est un sujet qu'il faudra clarifier dans les prochaines semaines ».


Enfin, un point de vigilance a été soulevé par la délégation et notamment Léo : l'absence de préoccupation environnementale affichée au congrès. « Je n'ai pas eu l'impression ici au RSNA qu'il a été mis un point sur le côté écoresponsabilité. Et on le sait aujourd'hui que l'intelligence artificielle génère à la fois une consommation très importante d'électricité ».


La force du collectif


Au final, ce voyage d'étude a permis aux participants de « soit conforter leur stratégie, soit de requestionner les priorités qu'ils devaient suivre ».


Entre les sessions de travail à la Tour Willis pour « sceller le groupe » et le footing matinal au bord du lac Michigan, la dynamique collective a favorisé un partage d'expérience inestimable. Comme le résume, Jean-Marc Chevilley : « C'est extrêmement enrichissant, pour ne pas dire inspirant ».


Le rapport d’études de ce voyage sera publié en février. 

Rendez-vous est pris pour le RSNA 2026 !



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